Bientôt le jour : un récit choral d’utopies en mouvement

Quand la contrainte devient insupportable, le mouvement apparaît comme seule solution pour renouer avec la liberté. Dans Bientôt le jour, sept identités singulières sur le plan linguistique, géographique et générationnel témoignent du geste de rupture qui a changé leur destinée dans une mise en scène dense qui dit toute la tension entre rêves et réalités.

Écrit par Floriane Jacquin le Oct 06, 2026

Ce sont sept histoires, celles de Monika, M., Amadou, Eduardo, Maxime, Anastasia et Roberta. Tous ont fait l’expérience du départ, du moment où physiquement, mentalement, il n’est plus possible de rester. Inspirée d’histoires vraies et de témoignages récoltés par la metteuse en scène Julie Bertin en France et à l’étranger, la pièce donne voix aux silences, à des récits d’utopie et à des destinées bouleversées par des réalités inconciliables.

Assis face au public, et surtout face à un dictaphone, chaque personnage évoque d’abord tour à tour son histoire avant le changement. Cette partie est en réalité l’introduction d’un quadriptyque avant que le rideau ne tombe pour permettre au champ des possibles de se déployer, aux histoires de s’entremêler dans un rythme effréné, celui d’une fuite salvatrice déclenchée par un message, une carte postale ou encore un mauvais pianiste.

Le premier temps, solitaire et statique, laisse place à une deuxième partie où les personnages investissent l’espace ensemble comme pour mieux mimer leur mise en mouvement. La terre qu’ils dispersent sur scène est riche de sens, elle est malléable, elle comporte aussi des artefacts, des souvenirs matérialisés d’une vie passée que les personnages exhument ou enfouissent. Pénétrer dans ce périmètre c’est accepter de mettre de l’ordre, de revivre une épiphanie. Maxime campé par l’impressionnante Morgane Nairaud, reste à la marge plus longtemps que les autres avant d’y réaliser une performance galvanisante dansée et presque rappée sur son échappée maritime.

Comme pour mieux résonner, les récits se chevauchent et s’interrompent de la même manière que les trajectoires se croisent. Roberta évoque une plage de Rio avant que Maxime ne prenne le relai avec la plage d’Etretat. Ces lieux communs, au sens littéral du terme, renforcent l’idée d’une expérience universelle du départ et de la pulsion de vie qui l’engendre. Dans le même temps, plusieurs langues cohabitent, d’abord discrètement au cœur d’une phrase, puis dans des monologues entiers dans la dernière partie de la pièce. Le français s’efface progressivement pour laisser place à un tissu linguistique varié qui évoque ce qu’on emporte toujours avec soi malgré le déracinement.

Costumes, musique, accessoires, lumière, le Birgit ensemble mobilise toutes les ressources de la mise en scène avec ingéniosité et goût pour dire toute la complexité d’envisager un autre avenir. Alors quand on quitte la salle, dans la rue, dans le métro, dans sa galerie photo, on fait plus attention aux élans de liberté individuels, aux au revoir et aux retrouvailles, on revoit nos départs et les manques causés par l’éloignement, on reconnaît la chance d’avoir un endroit où rentrer, et celle de pouvoir partir. Puis on se rend compte que s’en aller, c’est aussi d’abord s’imaginer ne plus être là, qu’importe le motif, qu’importe la destination.

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Crédit photo : Simon Gosselin

Au théâtre Gérard Philippe jusqu’au 11 octobre, du lundi au vendredi à 19h30, samedi à 17h et dimanche à15h, relâche le mardi, et à la Mac de Créteil du 15 au 17 octobre.

Conception, écriture et mise enscène : Julie Bertin, Le Birgit Ensemble

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Écrit par Floriane Jacquin le Oct 06, 2026

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