Katseye : le training pop star ou l’épuisement des groupes de filles ?

Lancé en 2024 par l’association des labels de musique Geffen (américain) et Hybe (branche américaine du label sud-coréen), le groupe Katseye a de suite attiré l’attention grâce à des performances rappelant les stars des années 2000. Enchaînement des tournées, blessures, membres en “hiatus”... Aujourd’hui, le groupe de six jeunes femmes n’en compte plus que quatre.

Écrit par Julie Casalonga le Oct 06, 2026

Composé de six femmes venant des quatre coins du monde, Daniela Avanzini, Sophia Laforteza, Lara Rajagopalan, Yoonchae Jeong, Megan Skiendiel et Meret Manon Bannerman ont été sélectionnées selon leurs capacités en danse, chant, présence scénique et « qualité de star ». Après deux ans d’entraînement intensif à Los Angeles, elles sont les gagnantes du survival show “Dream Academy” en septembre 2023.

À l’été 2024, elles se dévoilent officiellement au monde avec leur premier single Debut et Touch. Une esthétique pastel sur une musique pop et une chorégraphie millimétrée les propulsent dans les oreilles et les écrans des auditeurs. Leur premier EP, SIS (Soft Is Strong), confirme cette direction artistique très similaire à celle des groupes de K-pop coréens.

En 2025, un deuxième EP Beautiful Chaos, vise déjà un public de jeunes adultes avec des sonorités plus proches de l’électro des clubs et une autre maturité.

À partir de ce moment, une tournée va être annoncée. États-Unis, festivals dans le monde entier, campagnes de pub… Les filles ne s’arrêtent jamais de parcourir le monde au fur et à mesure que leur popularité augmente.

La célébrité au prix de la santé

Lors de l’épisode six du documentaire “Pop Star Academy : Katseye”, on perçoit un moment clé de la compétition entre les filles. Après plusieurs années à s'entraîner ensemble, chaque participante doit nommer son groupe de rêve devant une caméra. Une vidéo ensuite à demi retransmise devant toutes les compétitrices afin de faire monter le suspense avant les éliminations. Un système qui pousse les limites de la psychologie des participantes déjà stimulé par le rythme effréné d'entraînement physique. Une méthode décrite comme “c’est obligatoire pour créer du divertissement et de la compétition entre elles [...] C’est ce que les fans veulent” selon Mitra Darab, présidente de l'association américaine de Hybe.

Au fil de la série documentaire, Manon Bannerman est caricaturée comme le membre le plus absent du groupe. Étant la seule européenne, les internautes y ont vu un choc de la “culture du travail” entre les filles. Pourtant, dans des lives Weverse, Lara révélait que Manon demandait de continuer à répéter jusqu’à ce que la chorégraphie soit parfaite.

Depuis février 2025, la jeune Suissesse est en pause pour raison de santé et de bien-être, selon un communiqué posté par son label et elle-même. Une raison que les fans trouvent suspecte après plusieurs messages postés sur un réseau où la star affirme se porter à merveille. Aperçue très proche de Simon Porte Jacquemus lors de la Fashion Week de juin 2026 et de Bad Bunny lors de sa tournée européenne, de nombreuses théories fleurissent quant à l’exclusion discrète de Manon de Katseye.

En juillet 2026, c’est au tour de Sophia, la leader de vingt-deux ans, de partir en pause pour raison de santé et de bien-être. De retour aux Philippines auprès de sa famille, sa mère s’est exprimée sur les réseaux sociaux, laissant les fans savoir qu’elle se porte bien.

Au-delà de la santé mentale, les jeunes femmes font face à des blessures physiques mais n’ont pas l’air de prendre le repos nécessaire pour s’en remettre au risque de ne pas respecter leurs engagements. Lara, la chanteuse indienne de vingt ans, reçoit des shots de cortisone à la suite d’une blessure dans le dos depuis mai 2026 mais continue de danser à chaque date malgré un risque d'aggravation de ses blessures.

Encore plus récemment, Megan a été victime d’une blessure à la cheville la pénalisant une semaine. Cette nouvelle, survenue quelque temps après l’arrêt de Sophia, a bouleversé les fans, inquiets de ne voir que trois membres lors de la tournée de septembre ou une annulation totale de celle-ci. Heureusement, ou pas, la jeune Américaine est revenue miraculeusement remise de sa torsion à la cheville en dix jours, n’ayant raté qu’une seule date au festival caritatif Daisy Chain Fields, organisé par Olivia Rodrigo au profit de nombreuses associations pour femmes.

Un rythme trop exigeant ou la normalité ?

La pop star faisait, et fait, encore rêver beaucoup de petites filles mais les moyens pour y arriver sont à prendre en considération. Être célèbre rime-t-il à être surmené en permanence et se mettre en danger jusqu’au point de non-retour ?

Whitney Houston, Britney Spears, Amy Winehouse… Des stars de la chanson connues pour leur voix unique et des prestations à couper le souffle mais une santé mise en danger. Bien que de nos jours, les questions de prise de substance et d’alcool soient très encadrées par les patrons des artistes, ces pratiques étaient glamourisées comme un moyen de pallier aux exigences du milieu.

Pourtant on pourrait s'interroger sur la prise de médicaments et anti-douleurs pour continuer à performer. Un cache-misère temporaire qui peut mener comme évoqué plus tôt à des lésions permanentes sur la santé des célébrités.

En contre-exemple, on peut s’appuyer sur d’autres chanteuses en vogue tout aussi performantes dans plusieurs catégories. Tate McRae, la relève de Britney comme aiment la surnommer ses fans, est une chanteuse et danseuse canadienne connue pour délivrer des shows époustouflants tout en se préservant. Après une tournée internationale en 2025 très remarquée pour ses « dance breaks » et sa scénographie, elle n’a pas hésité à couper des chorégraphies lors de blessures et à se reposer avant une tournée des festivals cet été.

Alors, tout cela viendrait-il d'une peur, pour les labels, de perdre en influence ou d’un management à la limite des capacités physiques des artistes ? Le label Hybe, connu pour avoir créé l’un des groupes de K-pop les plus connus, BTS, avait annoncé la couleur dès le début : créer un groupe avec le réseau des États-Unis et les techniques des Sud-Coréens.

Un combo annoncé gagnant à 100 % sur le papier mais la limite de tout cela est bien l’humain.

Aujourd’hui, Katseye poursuit sa tournée en Europe avec seulement quatre membres (Daniela, Yoonchae, Lara et Megan). Un avenir incertain pour Sophia, qui n’a pas annoncé de retour, et sans doute jamais de retour sur scène pour Manon. Une nouvelle vague de casting, lancée par les labels cet été afin de créer un nouveau « global girl group », soulève de nombreuses interrogations sur l’éthique des labels vis-à-vis de leurs chanteuses mais aussi sur l’avenir du groupe, qui semble se démanteler au fil des mois.

Écrit par Julie Casalonga le Oct 06, 2026

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